vendredi 8 mars 2013

Six conditions d'une intégration réussie des TIC dans les pratiques pédagogiques

À titre de répondant TIC de mon établissement, j'ai l'occasion d'observer des pratiques efficaces et d'autres qui s'avèrent parfois problématiques pour l'intégration réussie des TIC dans les pratiques pédagogiques. Je partage ici quelques idées dans le but de contribuer aux changements en cours à l'intérieur comme à l'extérieur de mon institution. Ces 6 conditions sont un peu comme 6 maillons d'une chaîne visant à s'assurer que l'énergie investie par les différents acteurs d'un établissement d'enseignement produit les meilleurs résultats possibles (réussite, motivation, qualité de la formation, etc.) et que les étudiants en bénéficient réellement. 

Le processus d'intégration n'est pas une succession linéaire d'étapes. Il s'agit plutôt d'un ensemble d'activités qui se déroulent parfois de manière ordonnée et parfois de façon, disons, un peu plus chaotique. Dès qu'un professeur tente d'intégrer les TIC dans sa pratique pédagogique, le processus est en branle. Toutefois, pour que cette démarche individuelle aboutisse et soit couronnée de succès, il est essentiel de franchir chacune des étapes et de remplir les conditions minimales de réussite pour chaque maillon de la chaine.

1. Veille, curation et planification stratégique

Les activités de veilles consistent à collecter les informations pertinentes sur un champ d'activité ou un sujet donné. On peut faire de la veille sur les stratégies d'enseignements, sur les logiciels, sur une discipline en particulier, sur les TIC en général. Veiller, c'est donc collecter de l'information et, souvent, trouver toutes sortes de sources d'inspiration.

La curation consiste plutôt à traiter l'information, à l'analyser, à réfléchir, à se donner une direction, à s'orienter... C'est une étape essentielle pour passer de la veille à la planification.

Enfin, la planification consiste à élaborer une stratégie en se fixant des objectifs (en lien avec la réussite des étudiants, souhaitons-le), en choisissant des moyens de réalisation et en se dotant d'indicateurs ou de cibles à atteindre. L'absence de planification stratégique entrainera des difficultés à comprendre les embûches qui ne manqueront pas de se présenter ainsi qu'à reproduire une expérience qui aurait bien fonctionné, car on ne connaîtra pas bien l'origine de cette réussite.

La planification peut se faire à différents niveaux: individuel, équipe de travail, institutionnel, etc. Il s'avère souvent difficile de faire bénéficier un niveau supérieur des retombées d'une activité n'ayant pas fait l'objet d'une planification à ce niveau. Des initiatives valables, qui reposent sur les acteurs personnels qui les ont initiées, disparaissent la plupart du temps lorsque ceux-ci les laissent tomber.

2. Accès aux outils, matériel, logiciel ou service en ligne

Une fois qu'une activité est initiée ou planifiée, l'accès à certaines ressources est bien sûr une condition de réalisation de cette activité. Un professeur qui n'a pas d'ordinateur, ou qui n'a pas accès à un logiciel en particulier, ou à une connexion sans fil dans sa classe ne pourra pas tenir une activité donnée. Des équipements inadéquats, des logiciels obsolètes, le manque de prises de courant dans les classes, l'éclairage ou le mauvais positionnement d'un écran projecteur ou d'un tableau interactif seront autant de freins à l'intégration dans les pratiques pédagogiques. Il est peu utile de faire de l'accompagnement pédagogique ou de la formation des utilisateurs, si l'accès aux outils n'est pas assuré dès le départ.

3. Assitance technique adéquate

L'installation et le déploiement de certains logiciels ou équipements requièrent bien entendu l'intervention du service informatique. Par la suite, l'assistance rapide est essentielle à l'implantation de nouvelles pratiques. En cas de pépin technique rendant l'outil non fonctionnel ou trop complexe à utiliser (problème de configuration par exemple), il est fort probable que le professeur abandonne son projet et retourne à ses bonnes vieilles pratiques.  Pour mobiliser le service d'assistance technique, il est judicieux de l'impliquer le plus tôt possible dans la planification et dans les décisions. D'autres intervenants peuvent aussi être mis à contribution : Médiathèque, audiovisuel, Communications. Mais attention que cela ne devienne pas une tour de Babel pour l'utilisateur.

4. Formation initiale à l'utilisation

Les besoins de formation sont très variables d'une personne à l'autre. Il importe de s'assurer que la préparation des professeurs est adéquate et qu'ils détiennent les connaissances de base pour se débrouiller avec les outils. Les ressources pour apprendre à utiliser les logiciels et services en ligne sont nombreuses dans le réseau collégial : APOP, Programme Performa, etc.

5. Accompagnement technopédagogique

Il ne suffit pas de maîtriser un outil pour l'utiliser à bon escient. Les changements de pratiques demandent beaucoup d'efforts aux professeurs. Si les bénéfices sont faibles et que la tâche est augmentée, l'expérience sera abandonnée. Un accompagnement adéquat permettra d'exploiter le potentiel d'un outil, et ce, dès les premières utilisations. Les nouvelles pratiques seront dès lors appréciées à leur plus juste valeur. L'accompagnement pédagogique peut se réaliser de diverses manières: à travers une communauté de pratique ou par un suivi individuel. Pour des ressources extérieures à votre institution, voir, entre autres, la Vitrine technologies-éducation, l'APOP, Performa, AQPC, etc.

6. Évaluation des impacts (pour les étudiants)

Finalement, un retour sur l'expérience vécue et une évaluation des impacts, à partir des objectifs, des indicateurs ou des cibles (planification de départ) est l'occasion d'ajuster le tir, de publiciser les bons coups et tirer les conclusions sur ce qui a peut-être moins bien fonctionné. En gardant à l'esprit l'impact pour les étudiants, on s'assure de mettre les efforts là où ça compte. À cette étape, la participation intéressée d'un palier supérieur est importante, afin d'assurer la pérennité des initiatives valables, ou d'interrompre une activité cadrant moins avec les grandes orientations. L'évaluation conduit tout naturellement à la veille, à la curation et à la planification, ce qui amorce un nouveau cycle.

6 commentaires:

  1. Très belle synthèse qui correspond assez bien avec mon expérience personnelle.

    La première étape est effectivement cruciale, puisqu'il me semble irréaliste de développement le contenu en même temps que le contenant quand celui-ci est technologiquement nouveau. Comme enseignant, il faut au moins maîtriser l'un des deux.

    J'aurais aimé approfondir la dernière étape. Quels sont les impacts que l'on pourrait mesurer? Quels sont les motifs qui encouragent l'utilisation des TIC au départ ?

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    1. Bonjour François,
      Je viens d'apporter quelques éléments de réponses dans le billet qui est présentement en une:
      http://abithq.blogspot.ca/2013/05/tic-et-reussite-les-objectifs.html
      Au plaisir!

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  2. Une contribution intéressante Jules, merci. Je compte la faire connaître auprès des membres de l'équipe "TIC et réussite 2013-2014".

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    1. Merci Christian. Pour l'instant, cette approche me permet de sensibiliser les acteurs avec lesquels je travaille et de développer une vision commune. Le but est d'amorcer une démarche institutionnelle qui soutienne l'évolution des pratiques pédagogiques tout en minimisant les pertes d'énergie et le découragement. Je souhaiterais bonifier et préciser, mais je pense qu'il faut que ça demeure simple. Ça fait partie du défi de communication. Au plaisir !

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    2. Merci Jules ! Ton document de réflexion sera soumis à l'équipe TIC et réussite du Réseau REPTIC à sa rencontre en visioconférence du 5 novembre prochain. Nicole Perreault

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    3. Bonne rencontre ! Salutations aux membres de l'équipe !

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